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Le jour où la terre se mourut...

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Kevin Drake
¤ Lycan ¤
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Inscrit le : 01 Juil 2008
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MessageSujet: Le jour où la terre se mourut...   Ven 4 Juil - 11:39

- Je ne te comprends pas, Kevin! Tu es vraiment quelqu'un de difficile à centrer dans ton genre... lança Melissa Woodecker.
- Pas tant que ça... avais-je répondu d'un air désinvolte.
En fait, c'était un gros mensonge de ma part: bien sûr que oui, j'étais quelqu'un de difficile à centrer quand je cachais la plupart de mes activités. Surtout nocturnes. Melissa Woodecker n'avait pas à savoir que j'étais un loup garou. Personne ne le savait. Melissa Woodecker est une des étudiantes du campus où je faisais moi-même mes études. De grands cheveux blonds lui descendent habituellement sur les omoplates, mais ce jour-là, elle avait décidé de les attacher en queue de cheval. Vêtue d'un débardeur bleu et d'un jogging de la marque Nike (c'était normal: tout le monde savait sur le campus qu' elle adorait faire du sport!), elle avait décidé de m'accompagner en ville ce jour du 7 Juillet 2008. En fait, elle n'avait pas grand-chose à faire. Ni moi. Les mains dans les poches, je me contentais de marcher à ses côtés sans savoir ce que je devais répondre à toutes ses questions gênantes. Car un de ses défauts majeurs était de toujours vouloir tout savoir sur tout le monde. Et, pour sa part, il n'y avait personne d'autre de plus interessant que moi, en raison de l'étrange comportement dont je faisais preuve depuis pas mal de temps ou des choses étranges qui se produisaient quand j'étais là. Ca aurait pu susciter la curiosité de n'importe qui, mais les gens ne me collaient jamais d'aussi près!!!
- Pas tant que ça?! Tu sais qu'on classe les gars sur le campus: sur la liste des plus bizarres et des plus mystérieux, tu es le premier, je te signale! Ca ne te fait rien? Franchement, tu agis bizarrement, défois. Et tout le monde se rappelle dans quel état se trouvait ta chambre le jour où les lacérations ont été faites sur le mur! En plus, j'ai parlé avec certains de tes amis: ils ont tous reconnu que quelque chose avait changé en toi depuis ce jour là... expliqua Melissa.
- T'avais pas besoin de parler à mes potes, que je sache: les choses changent toujours un jour ou l'autre. Et de toute façon, qu'est-ce que ça peut te faire de savoir qui je suis? Tu ne me verras même plus à la fin de nos années là-bas! Respecte ma vie privée! Est-ce que je fouille dans la tienne? Est-ce que je vais chercher à savoir à quel âge tu as commencé à marcher ou à parler? Est-ce que je vais chercher à savoir quand tu as pleuré pour la première fois avant d'aller raconter ça à mes copains? Navré mais je ne suis pas ce genre de gars, et je respecte les autres quand ils me respectent de leur côté... grinçai-je.
- Il y a pas de mal à vouloir se renseigner: reconnais qu'il y a des trucs étranges qui se produisent quand tu es là! D'abord le coup de la chambre, ensuite tes copains me disaient que tu insultais tes profs alors que tu leur obéissais hier! Les gens te trouvent agressif. Hier encore, je t'ai vu courir dans le couloir comme un dératé pour aller dehors. Il parait que tu étais au tableau, tu as soudain regardé vers la fenêtre comme si tu avais repéré quelque chose d'étrange et puis tu es sorti de la salle en courant sans donner la moindre explication...
- OK. Je vais écrire un livre pour tout le monde alors! Ca va s'appeler "La vie personnelle de Kevin Drake".
- On ne te demande pas ça! Mais tu ne parles jamais de toi: tu changes de sujet chaque fois qu'on te pose une question! On a l'impression que tu ne cherches pas à te faire des amis.
- C'est bien pour ça que je dis rien! Si tu connaissais ne serait-ce que la moitié de ma vie, tu n'aurais même pas besoin de te forcer à vouloir être une amie à moi. Il y a des choses de ma vie que je ne peux pas dire simplement parce que je veux garder le peu d'amis que j'ai déjà sur le campus! Tu peux comprendre que certaines personnes préfèrent la solitude en sachant ce qu'elles sont?
- Bah non! Moi j'ai beaucoup de bonnes amies. Je leur ai dit certaines choses que je n'aurai dites à personne d'autre et ce n'est pas pour autant qu'elles ne sont plus mes amies...
Je laissai échapper un rire sarcastique: de quel genre se constituaient ses secrets à elle comparés au mien? C'était sans doute le style "Un jour, j'ai trompé mon petit ami parce qu'il était trop laid" ou un autre truc dans ce genre. Maintenant on fait la différence: à qui est-ce que vous voudriez dire que dés que vous sentez que quelque chose ne tourne pas rond, vous vous concentrez et vous vous transformez en un croisement d'homme et de loup, parfaitrement assorti avec les griffes et les dents monstrueuses qui surgissent soudainement? Oui... Ce n'est pas vraiment le genre de secrets qu'on partage aussi facilement!
- Comme si je pouvais dire librement à tout le monde sur le campus que je suis un loup-garou! Elle ne le ferait même pas elle-même si elle en était une! pensai-je.
- Est-ce que ça va, Kevin? demanda Melissa, les sourcils fronçés.
- Je réfléchissais... Tu ne vas quand même pas me dire que les gens trouvent ça bizarre aussi, quand je réfléchis? minaudai-je.
- Non. Mais c'est tout le reste qui est bizarre, venant de toi... dit-elle.
- Combien de fois va t-il falloir que je vous le dise? Je ne suis pas bizarre, c'est ma personnalité! Elle est différente de la tienne ou de n'importe quelle autre. Tout ce que tu as besoin de savoir sur moi, c'est que... commençai-je.
Mais je n'eus pas le temps de finir ma phrase. Derrière nous, une exclamation de surprise avait retentie. Melissa et moi fîmes volte-face: non loin de là, un homme d'une quarantaine d'années s'était soudain effondré, sans crier gare. Dans un bruit mat, son corps inerte avait touché le trottoir, tandis que l'enfant à qui il tenait la main (son fils ou un neveu, peut-être) ne pouvait que regarder la scène d'un air horrifié. Devant la scène, d'autres personnes se ruèrent sur l'homme pour tenter d'apporter une quelconque assistance.
- Kevin? Qu'est-ce qui se passe?demanda Melissa.
- J'en sais rien... répondis-je sans trop savoir ce que je devais penser.
- Papa! Papa! Réveille-toi! appela l'enfant qui s'était agenouillé auprès du corps.
Mais ce furent là les seuls mots qui sortirent de sa bouche: d'un seul coup, l'enfant commença à gesticuler en se tenant la gorge, comme s'il éprouvait des difficultés à respirer. Je mis un certain temps avant de m'apercevoir que tous les autres passants qui l'entourait ressentaient les mêmes symptômes. Hommes, femmes, enfants... Aucun ne semblait échapper au mal qui sévissait, étouffant chaque être humain... En moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, chacun tentait deséspérement de retrouver une dernière bouffée d'air avant de s'effondrer au sol. Je ne mis pas longtemps à comprendre que quelque chose de mauvais s'annonçait: et d'une, la rue dans laquelle nous étions était certes interdite aux véhicules. Mais plus loin, les voitures klaxonnaient, des pneus crissaient, des gens hurlaient de douleur ou de desespoir avant de laisser le silence derrière eux. Le même silence que je percevais en deuxième position dans la poitrine des gens déjà tombés. Sans m'en rendre compte, j'avais déjà fait un pas en arrière, ne sachant pas à quoi je faisais face. Impossible d'arrêter le fléau qui semblait se répandre dans la rue comme un nuage toxique que mes yeux de loup-garou eux-mêmes ne pouvaient discerner. Les uns après les autres, les gens s'etouffaient sur place avant même d'avoir pu fuir et s'effondraient presque immédiatement, morts avant d'avoir touché le sol. Le fléau se rapprochait de nous: j'étais tétanisé, incapable de réfléchir ou de courir en arrière.
Soudain, un râle inquiétant se fit entendre à côté de moi: Melissa avait déjà porté ses mains à sa gorge. Les yeux fermés, elle paraissait essayer de retrouver un quelconque souffle salvateur. Sans succès. Lorsque ses jambes se dérobèrent sous elle, je la rattrapai par le dos pour tenter de l'allonger délicatement au sol.

- Melissa! Melissa! Tiens bon! Bats-toi, d'accord? Allez, Melissa! Je vais appeler les secours... lançai-je.
Les gémissements qui sortaient de la gorge de Melissa étaient tout aussi douloureux pour moi. Je ressentais comme une curieuse pression contre ma poitrine, comme si une créature invisible étonnament lourde pesait de toutes ses forces dessus. Pendant quelques minutes, je fermai les yeux, lâchant un instant Melissa pour tenter de retrouver un souffle qui m'emprisonnait. Mais ce dernier revint rapidement, suivi par un frisson et un picotement qui parcourut l'ensemble de mon corps, comme si quelqu'un tirait ma peau et mes ongles. Je dus attendre que l'effet passe avant de rouvrir les yeux. Et pris conscience d'une nouvelle erreur. Le regard de Melissa, défiguré par une douleur atroce, mêla soudain la frayeur tandis que ses deux yeux bleus me dévisageaient avec horreur.
- Melissa? Qu'est-ce qui se passe? Qu'est-ce que... commençai-je en tendant les bras pour la reprendre.
C'est là que je compris. Mes bras et mes mains s'étaient pourvus d'un pelage noir et doux qui brillait sous le peu de soleil de la journée. Au bout de mes doigts, mes ongles s'étaient allongés jusqu'à faire des griffes recourbées et acérées, aussi blanches que ne pourrait l'être un os. En comprenant ce que ça voulait dire, je passai mes mains sur mon visage, étrangement poilu par endroits, et sur mes dents dont les canines supérieures et inférieures avaient poussées comme les crocs d'un animal. Juste devant les yeux de Melissa et de nombreux autres passants, je venais de me métamorphoser en loup-garou! Réalisant mon erreur, je voulus dire à Melissa que tout allait bien, que j'étais gentil, mais les mots s'entravèrent dans ma propre gorge lorsque je vis Melissa. Ses yeux s'étaient fermés, sa poitrine ne se soulevait plus. Elle paraissait tellement calme, comme si elle venait de s'endormir dans un sommeil paisible et que ses dernières minutes de souffrances s'étaient envolées comme dans un rêve. Je ne réalisai que la seconde d'après que le silence s'était installé, aussi froid que la mort. Je regardai autour de moi: toute la rue était jonchée de cadavres. Peu importe l'âge qu'ils avaient, tous avaient succombés au fléau venu de nulle part. Je faillis vomir en apercevant une femme morte, près d'un berceau dont le contenu avait renversé de mon côté, me dévoilant un bien sinistre spectacle. La pauvre mère, allongée sur le sol, les yeux fermés, tendait une main vers la petite forme inerte qui avait roulée hors du berceau, inerte, sans vie. Une dernière tentative pour garder son enfant auprès d'elle. Je dus détourner les yeux. Tous étaient morts. Sauf moi. Pourquoi? Parce que j'étais un loup-garou? Qu'est-ce qui s'était passé? J'étais incapable de penser, revoyant l'image de frayeur qui s'était dessiné sur le visage de Melissa un instant plus tôt: était-ce ce que les gens auraient la même expression qu'elle s'ils le savaient?
Peu importe: à cet instant, j'ignorais que je n'avais assisté qu'à un prémisse de ce qui arrivait dans le monde entier. Et je m'en fichais pas mal: en plus de ce que Melissa avait découvert avant sa mort, je n'avais plus qu'une seule chose en tête: j'étais seul. Seul, encore debout, au milieu d'une mer de cadavres.
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